Basé à Auckland, Novodisq est une start-up néo-zélandaise spécialisée dans le stockage flash qui s'attaque à l'un des défis majeurs de l'infrastructure numérique mondiale : comment stocker des volumes massifs de données tout en réduisant drastiquement la consommation électrique et l'espace physique requis. Fondée en 2018 par Graham Gaylard, entrepreneur expérimenté dans les services IT et le stockage de données, et une équipe d'ingénieurs dont Robbie Litchfield, responsable logiciel, l'entreprise a d'abord mené plusieurs projets de validation interne avant d'annoncer publiquement sa plateforme Novoblade lors du Flash Memory Summit 2025. "Quand nous avons fondé l'entreprise, nous nous sommes fixés comme objectif de résoudre un problème que la technologie traditionnelle des disques durs présente : ils sont très bruyants, très gourmands en énergie, très volumineux physiquement et sujets aux pannes en cascade", explique Robbie Litchfield, cofondateur et responsable de l'ingénierie chez Novodisq, lors d'un entretien réalisé à distance durant l'IT Press Tour de Palo Alto fin janvier 2026.

Au format E3.L, les cartes Novoblade proposent jusqu'à offrant 144 téraoctets de mémoire NAND brute. (Crédit Novodisq)
L'architecture technique développée par Novodisq repose sur des cartes blades propriétaires haute densité, à l’image de ce que peut faire Pure Storage avec ses DirectFlash Modules (DFM). Chaque blade au format E3.L intègre des composants NAND flash Micron pour montant jusqu'à 144 téraoctets brutes en mode bloc, mais sans utiliser d'algorithmes de déduplication et de compression. Un système complet Novoblade DC - DAS ou SAN via NVMe-oF - peut accueillir jusqu'à 20 blades dans un châssis 2U standard de 19 pouces, permettant d'atteindre une capacité totale de près de 12 pétaoctets (250 Po sur 42U). La consommation électrique maximale du système s'établit à seulement 1 200 watts en charge complète, soit jusqu'à 95% de moins que les solutions HDD traditionnelles de capacité équivalente et une charge d’environ 10 watts au repos par lame.
Pour atteindre ces niveaux de densité et d’efficacité, Novodisq a renoncé aux SSD du commerce et conçoit - comme Pure Storage aujourd’hui et Violin Memory hier, ses propres cartes flash et firmwares, bâtis ici autour de contrôleurs Microchip et de composants mémoire NAND Micron. Au cœur de chaque blade se trouve un système sur puce (SoC) AMD Versal combinant un processeur Arm64 huit coeurs, un FPGA programmable optionnel IA/ML et des capacités réseau haute vitesse. Cette architecture hyperconvergée permet non seulement le stockage, mais aussi le traitement des données en temps réel grâce à l'accélération matérielle FPGA pour des opérations comme le RAID, le chiffrement ou la compression. Novodisq propose actuellement deux produits principaux : le Novoblade, sa solution phare destinée aux centres de données, et le Novoforge, un kit de développement plus compact destiné aux PME, laboratoires de recherche et projets pilotes. Novoforge, qui tient dans un format proche d’un serveur 1U ou 2U, intègre huit baies E3.L hotswap, un FPGA, une connectivité Ethernet multigigabit avec PoE et des fonctions de synchronisation temporelle GNSS pour adresser la sauvegarde, la vidéo-surveillance ou le traitement de flux IoT. Un premier cas d’usage décrit par le fournisseur est un cache de sauvegarde entre serveurs de production et bibliothèque de bandes, capable de conserver plusieurs semaines de sauvegardes en ligne sous 300 W, avec chiffrement, RAID et calcul de sommes de contrôle accélérés dans le FPGA. Un troisième produit, Novodisq Edge, est en préparation pour les armoires de bord de route et les sites distants à très faible puissance pour les déploiements télécoms, 5G et l'ingestion de données IA en périphérie réseau.
Par rapport aux acteurs établis comme Pure Storage, Dell Technologies, HPE ou Huawei, Novodisq se différencie par une densité de stockage brute de 12 Po sur 2U. (Crédit Novodisq)
Faire face aux contraintes d'alimentation électrique
"L'alimentation électrique est devenue un facteur limitant pour tout nouveau développement de centres de données ou même simplement pour des déploiements locaux dans certains bureaux, surtout en Europe où les prix ont explosé", souligne Robbie Litchfield. Cette contrainte constitue paradoxalement une opportunité majeure pour Novodisq, dont la proposition de valeur repose sur un coût total de possession (TCO) particulièrement compétitif sur le long terme. "Nous avons conçu notre technologie pour avoir une durée de vie de 10 ans, ce qui facilite grandement la rentabilisation pour les clients qui exploitent cette infrastructure sur cinq à dix ans", précise l'ingénieur. Rien de bien nouveau sur le marché toutefois, Pure Storage nous tenait déjà le même discours il y a 16 ans à Mountain View en insistant sur la déduplication et la compression.
L'entreprise néozélandaise vise particulièrement les cas d'usage de stockage à long terme : archivage médical et génomique, vidéosurveillance, sauvegarde et restauration, clouds privés souverains, ainsi que le stockage de données d'entraînement pour l'intelligence artificielle. Dans le secteur de la génomique notamment, chaque génome humain séquencé génère environ un téraoctet de données brutes qui doivent être conservées pendant des décennies pour conformité réglementaire et analyses ultérieures. Selon ses dirigeants, Novodisq est actuellement en discussions avancées avec plusieurs clients pilotes potentiels pour des déploiements d'essai allant de 60 à 250 téraoctets. "Nous avons déjà pré-réservé une quantité sérieuse de mémoire auprès de Micron, donc nous sommes déjà dans la chaîne d'approvisionnement", confirme Robbie Litchfield, rassurant sur la capacité de la start-up à honorer ses premières commandes malgré les tensions actuelles sur le marché de la mémoire NAND.
La stratégie commerciale de Novodisq s'articule autour d'une première phase de validation technologique avec des early adopters en 2026, avant une expansion internationale ciblant l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Australasie dès 2027. La société discute avec plusieurs premiers clients susceptibles de tester des configurations de 60 à 250 To, via le kit Novoforge ou de petites baies Novoblade, avant d’envisager des déploiements de plusieurs pétaoctets. « Notre stratégie est d’abord de prouver que notre technologie tient ses promesses sur le terrain avec des déploiements pilotes, puis d’étendre notre présence avec des partenaires de services et des intégrateurs, en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Europe et en Amérique du Nord », explique l’ingénieur. En misant sur cette combinaison de très forte densité, de sobriété énergétique et de contrôle souverain des données, Novodisq entend se tailler une place sur le marché du stockage longue durée à l’ère de l’IA.


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